Moi, Proust et le Temps perdu

    L’effet que le premier tome de la Recherche a eu sur moi m’a paru complètement inattendu. J’ai trouvé en Proust l’écrivain idéal, la phrase parfaite, la simplicité et la difficulté, la somme de tous mes espoirs et de toutes mes amours littéraires, que je ne pensais pas trouver dans une vie entière dédiée à la lecture. Il est, d’une part, un Balzac plus moderne, plus sensible au monde auquel il touche, plus subjectif et, d’autre part, un Baudelaire qui donnerait ses « fleurs du mal » pour une caresse. En effet, les réponses de Proust au célèbre questionnaire qui porte son nom ont confirmé mon soupçon : tout comme le narrateur de la Recherche, l’écrivain est dominé par « le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré ». Âgé de 19 ans, Marcel répond à ce questionnaire qu’il avait découvert à l’âge de 14 ans dans des albums en anglais (car, il faut le préciser, contrairement à ce que l’on croit, le « questionnaire de Proust » n’a pas été inventé par ce dernier, étant en fait lancé en Angleterre dans les années 1860) avec le charme d’un écrivain en herbe, qui n’a pas la certitude de son talent, mais qui a, en échange, la certitude de ses amours : « les charmes féminins » chez les hommes, « la franchise dans la camaraderie » chez les femmes, l’harmonie des couleurs, la musique classique (les compositeurs préférés étant Beethoven, Wagner et Schumann), l’œuvre d’Anatole France (qui lui servira de modèle pour le personnage de la Recherche, Bergotte), la poésie de Baudelaire et beaucoup d’autres, sur lesquels on ne s’arrêtera pas maintenant.

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Le célèbre questionnaire de Proust rédigé à 14 ans; dans un album anglais intitulé « Confessions. An album to record thoughts and feelings »

   Si, répondant au questionnaire, le jeune Proust ne montre pas la certitude de son talent littéraire, faisant plutôt preuve de modestie (« État présent de mon esprit : L’ennui d’avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions »), le personnage-narrateur de la Recherche ne la montre pas plus. Pendant une promenade du côté de Guermantes, évoquée dans le premier tome de la RechercheDu côté de chez Swann – le narrateur enfant prend conscience plus que jamais de son manque de talent : « Combien depuis ce jour, dans mes promenades du côté de Guermantes, il me parut plus affligeant encore qu’auparavant de n’avoir pas de dispositions pour les lettres, et de devoir renoncer à être jamais un écrivain célèbre. Les regrets que j’en éprouvais, tandis que je restais seul à rêver un peu à l’écart, me faisaient tant souffrir, que pour ne plus les ressentir, de lui-même par une sorte d’inhibition devant la douleur, mon esprit s’arrêtait entièrement de penser aux vers, aux romans, à un avenir poétique sur lequel mon manque de talent m’interdisait de compter. » Plus tard, dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Proust évoque une scène qui ramène dans l’esprit du personnage ce sentiment de l’incapacité d’écrire. Ainsi, après avoir montré un de ses poèmes à Monsieur de Norpois – Ambassadeur, homme politique influent qui rendait fréquemment visite à sa famille – le narrateur se voit obligé d’écouter les critiques dures de celui-ci – selon lesquelles son style, comme celui de Bergotte, était une manière de « mettre la charrue avant les bœufs »et dont il ne se croit pas digne de nier la véridicité : « Atterré par ce que M. de Norpois venait de me dire du fragment que je lui avais soumis, songeant d’autre part aux difficultés que j’éprouvais quand je voulais écrire un essai ou seulement me livrer à des réflexions sérieuses, je sentis une fois de plus ma nullité intellectuelle et que je n’étais pas né pour la littérature. (…) Je me sentais consterné, réduit; et mon esprit comme un fluide qui n’a de dimensions que celles du vase qu’on lui fournit, de même qu’il s’était dilaté jadis à remplir les capacités immenses du génie, contracté maintenant, tenait tout entier dans la médiocrité étroite où M. de Norpois l’avait soudain enfermé et restreint.» Ce doute sur ses capacités d’écrire une ouvre majeure, Proust le garde jusqu’à l’âge de 40 ans (et peut-être même après), quand, conscient de l’inanité de sa vie de loisirs, il se remet au travail et ne s’interrompra plus jusqu’à sa mort, en 1922. En 1908, il écrit à l’un de ses amis : « Vous ai-je parlé d’une pensée de Saint Jean : Travaillez pendant que vous avez encore de la lumière. Comme je ne l’ai plus, je me mets au travail. »

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Manuscrits de Marcel Proust. Du côté de chez Swann, 1913.

    Le premier tome du roman, dont le titre initial était « Les intermittences du cœur, le temps perdu, 1ère partie » a été refusé par de nombreux éditeurs, parmi lesquels Gallimard et A. Humblot – éditeur des éditions Ollendorff – qui explique sa décision par une phrase restée célèbre : « Je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et retourne dans son lit avant de trouver le sommeil. » En effet, cette manière proustienne de prodiguer les mots dans des phrases trop longues, de noircir des pages et des pages pour expliquer des sentiments que tout être humain a peut-être éprouvés sans s’en apercevoir (le drame du coucher n’est-il pas vécu par la majorité des enfants, qui, n’ayant pas la vocation et la sensibilité hypertrophiée du Narrateur de la Recherche, le perdent de leur mémoire ?) n’est pas trop appréciée au début. Bernard Grasset accepte finalement de publier le livre de Marcel Proust à compte d’auteur, livre qui sera vite apprécié par les lecteurs « avertis ». André Gide – ami de Gallimard – écrit à Proust à propos de ce premier tome publié chez Grasset: « Depuis quelques jours je ne quitte plus votre livre. Hélas! Pourquoi faut-il qu’il me soit tellement douloureux de tant l’aimer ? » 

La maison de tante Léonie, à Combray, où le narrateur passait ses vacances

La maison de tante Léonie, à Combray, où le narrateur passait ses vacances

En décembre 1919, l’écrivain reçoit le prestigieux prix Goncourt pour A l’ombre des jeunes filles en fleurs. Ce qu’il souhaite le plus, c’est d’être lu par le plus grand nombre de lecteurs. La confession qu’il fait à certains amis nous le prouve : « Mon intérêt pécuniaire est moins grand pour moi que la pénétration de ma pensée dans le plus grand nombre possible de cerveaux susceptibles de la recevoir. » Son besoin d’être lu est, en quelque sorte, associable au besoin du narrateur de la Recherche d’être aimé, « caressé », que celui-ci éprouvait depuis son enfance, à Combray, quand il attendait, le soir, que sa mère vienne lui dire bonsoir. Du côté de chez Swann a, comme thème central, le paradis perdu de l’enfance, qui sera retrouvé plus tard dans une tasse de thé, quand le Narrateur reconnaît le goût de la madeleine trempée dans le tilleul, que lui donnait jadis sa tante à Combray.

Cette scène est la première qui dévoile la notion de mémoire involontaire, qui, contrairement à la mémoire volontaire – qui reconstitue le souvenir du drame du coucher et du soir où il contraint sa mère, qui recevait des invités, à venir l’embrasser (la capitulation de sa mère lui paraissant après comme le point de départ de tous les malheurs de son existence future) – apporte une vague d’images et de sentiments vécus et oubliés : le village groupé autour de son église, l’univers de la tante Léonie et de la domestique Françoise et, surtout, les promenades autour de Combray, du côté de chez Swann et du côté de Guermantes.

Vue sur Illiers (Combray)

Vue sur Illiers (Combray)

Cette scène de la madeleine est essentielle pour la Recherche du temps perdu et mérite d’être citée : « Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? […] Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. »

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   Pour l’enfant de Combray, le vrai bonheur est incarné par les heures de lecture qui se succèdent pendant les après-midi passés dans le jardin, à côté du clocher de Saint-Hilaire : « …et, quand une heure sonnait au clocher de Saint-Hilaire, de voir tomber morceau par morceau ce qui de l’après-midi était déjà consommé, jusqu’à ce que j’entendisse le dernier coup qui me permettait de faire le total et après lequel le long silence qui le suivait semblait faire commencer dans le ciel bleu toute la partie qui m’était encore concédée pour lire jusqu’au bon dîner qu’apprêtait Françoise et qui me réconforterait des fatigues prises, pendant la lecture du livre, à la suite de son héros. Et à chaque heure il me semblait que c’était quelques instants seulement auparavant que la précédente avait sonné ; la plus récente venait s’inscrire tout près de l’autre dans le ciel et je ne pouvais croire que soixante minutes eussent tenu dans ce petit arc bleu qui était compris entre leurs marques d’or. Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi ; l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. »  

A gauche: L'église de Saint-Jacques ('Saint-Hilaire') A droite: Illiers-Combray, Rue de Chartres

A gauche: L’église de Saint-Jacques (‘Saint-Hilaire’)
A droite: Illiers-Combray, Rue de Chartres

Cette heure perdue, « avalée » par la lecture passionnante, rapporte au premier plan le thème du Temps, qui, ne passant plus pour le Narrateur comme pour les autres, projette celui-ci dans un monde où tout est transformé par « la splendeur de la lumière ». Dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Proust fait une analogie entre la rotation de la Terre et celle des aiguilles de l’horloge de la vie. Aussi nous fait-il voir que, tout comme la Terre, le Temps se trouve dans un mouvement continuel, que les hommes ne sont pas capables de discerner à tout moment, bien qu’ils en soient avertis : « Théoriquement on sait que la Terre tourne, mais en fait on ne s’en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas bouger et on vit tranquille. Il est ainsi du Temps dans la vie. »

    Poursuivant la lecture de la première partie de Du côté de chez Swann, on se rend compte que « la préoccupation esthétique n’abandonne aucune page, et quand on croît le narrateur enfoncé au plus épais de l’existence, on le surprend toujours en train de ruminer un problème qui, en fait, prépare sa vocation d’écrivain » (Anne Henry, « Marcel Proust, théories pour une esthétique », Klincksieck, 1981). Le narrateur de la Recherche, même enfant, ne cesse jamais d’observer – et de s’observer – d’un regard fin, capable d’(auto)ironie. On ne peut pas s’empêcher de rire lorsque, surprenant le contraste existant entre sa famille et les Swann, le héros se trouve « ensorcelé » par ces derniers, particulièrement par Mme Swann, qui, avec son charme exquis, sa manière de parler et de s’habiller et avec ses relations, attire l’admiration de l’enfant (« On sentait qu’elle ne s’habillait pas seulement pour la commodité ou la parure de son corps; elle était entourée de sa toilette comme de l’appareil délicat et spiritualisé d’une civilisation. »). Rendant assez souvent visite à leur fille, Gilberte, dont il était amoureux, celui-ci emprunte les habitudes des Swann et commence même à paraître, dans le contexte des relations familiales, ridicule : « Le nom de Noël était du reste inconnu à Mme Swann et à Gilberte qui l’avait remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, de ce qu’on leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter – ce qui me rendait fou de douleur – pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule. »

    Charles Swann, un mondain fortuné, préoccupé par les arts et par la musique, discret et élégant, a été connu par le héros de la Recherche dans son enfance, quand, pendant les vacances passées à Combray, il faisait des promenades « du côté de chez Swann ».

Le château de Tansonville, près d'Illiers-Combray, qui servit de modèle à la maison de Swann

Le château de Tansonville, près d’Illiers-Combray, qui servit de modèle à la maison de Swann

Le mariage de Swann avec Odette de Crécy – une demie mondaine qui l’attire par les ressemblances qu’il lui trouve avec certaines toiles de Botticelli (particulièrement avec une des filles de Jéthro) ou avec certaines phrases musicales (celles de la sonate de Vinteuil) – a été mal perçu par la petite bourgeoisie de Combray. Même les parents du narrateur refusent de recevoir chez eux Mme Swann.

Détail du tableau "La Vie de Moise" de Botticelli, 1481-1482 (chapelle Sixtine), représentant les filles de Jéthro, à qui ressemblait Odette

Détail du tableau « La Vie de Moise » de Botticelli, 1481-1482 (chapelle Sixtine), représentant les filles de Jéthro, à qui ressemblait Odette

    C’est pendant une de ses promenades à Combray que le narrateur découvre Gilberte, cette fille aux yeux bleus qui paraît cacher le charme d’un mystère intouchable pour lui (« Je la regardais, d’abord de ce regard qui n’est pas que le porte-parole des yeux, mais à la fenêtre duquel se penchent tous les sens, anxieux et pétrifiés, le regard qui voudrait toucher, capturer, emmener le corps qu’il regarde et même l’âme avec lui… ») et il la retrouve plus tard, dans un des après-midis qu’il passait, accompagné par Françoise, sur les Champs-Elysées, à Paris. Il rêve de pouvoir entrer dans la vie de la famille de Gilberte, de parler à ses parents, de participer aux soirées de Mme Swann et, quand son rêve s’accomplit enfin, il commence à connaître les déceptions qu’apporte l’amour, la jalousie, le malheur de se voir ignoré par Gilberte (sentiments que Swann aussi avait éprouvés jadis, lors des salons de Mme Verdurin, où il avait connu Odette). La première partie de A l’ombre des jeunes filles en fleurs – Autour de Mme Swann – représente une analyse minutieuse de l’amour : « Quand on aime, l’amour est trop grand pour pouvoir être contenu tout entier en nous; il irradie vers la personne aimée, rencontre en elle une surface qui l’arrête, le force à revenir vers son point de départ et c’est ce choc en retour de notre propre tendresse que nous appelons les sentiments de l’autre et qui nous charme plus qu’à l’aller, parce que nous ne reconnaissons pas qu’elle vient de nous. » Chez Proust, l’amour est une maladie, le seul remède en étant l’oubli, l’indifférence, qui représente, en quelque sorte, un équilibre intérieur auquel le narrateur arrive deux ans plus tard, cessant de voir Gilberte et partant pour la plage de Balbec.

Le Grand Hôtel et la plage de Balbec

Le Grand Hôtel et la plage de Balbec

    Poète et musicien en prose, Proust est, en même temps, un philosophe de la société. Les salons auxquels il participe, ses relations avec l’aristocratie, mais aussi les descriptions de la vie de la petite bourgeoisie de Combray et même des domestiques (à voir les descriptions faites à Françoise: « Mais depuis que nous allions à Combray je ne connaissais personne mieux que Françoise; nous étions ses préférés, elle avait pour nous, au moins pendant les premières années, avec autant de considération que pour ma tante, un goût plus vif, parce que nous ajoutions, au prestige de faire partie de la famille (elle avait pour les liens invisibles que noue entre les membres d’une famille la circulation d’un même sang, autant de respect qu’un tragique grec), le charme de n’être pas ses maîtres habituels. ») font de lui un successeur de Balzac, romancier que Proust lisait et admirait énormément. Les personnages réels se retrouvent – sous le masque d’un nom inventé par leur écrivain – dans l’oeuvre de Proust:

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    Dans En lisant, en écrivant (Edition Corti, 1982), Julien Gracq affirme à propos du personnage de Marcel Proust: « Il se soude plutôt au détail de chaque scène du livre et semble s’absorber en elles […]. D’où la nécessité des longs fragments d’essais, et des réflexions psychologiques et théoriques que Proust intercale à chaque instant dans l’évocation de ses personnages: fonctionnels de part en part, ils jouent un rôle indispensable de ciment romanesque; ils sont le seul moyen de ressaisir et de réunifier à un niveau plus abstrait des personnages qui tendent à s’éparpiller, à se fragmenter en toutes leurs apparitions romanesques, lesquelles sont, chacune, inoubliables, mais, du point de vue de l’équilibre de l’ouvrage, risquent peut-être de l’être trop. »

James Tissot - "Le Cercle de la rue Royale". A droite, Charles Hass, qui inspirera le personnage de Charles Swann

James Tissot – « Le Cercle de la rue Royale ». A droite, Charles Haas, qui inspirera le personnage de Charles Swann

    Chez Proust, le talent est représenté par la traduction et l’analyse minutieuse des sentiments, par la complexité des états qui dominent l’être humain. « Mais le génie, même le grand talent, vient moins d’éléments intellectuels et d’affinement social supérieurs à ceux d’autrui, que de la faculté de les transformer, de les transposer. », nous révèle-t-il dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs. La Recherche est, par cela, un roman moderne, qui « tolère ce qu’on imagine à l’égal de ce qu’on a vécu ; qui veut, dans une réflexion constante de ce qu’on perçoit, une nouvelle façon de voir plus importante que ce que l’on voit ; qui substitue, au regard et à la chose regardée, une philosophie sur le regard et sur la chose qu’on n’a plus besoin de voir. Un roman qui oublie le roman. » (Alain de Lattre, La doctrine et la réalité chez Proust, Corti, 1978) En effet, A la recherche du temps perdu n’est pas seulement une œuvre qui s’est proposé de ressusciter dans la mémoire de son écrivain « la matière éternelle et commune, l’humidité familière, l’ignorante fluidité des anciens jours », mais aussi un  Bildungsroman (roman d’apprentissage), qui décrit la route d’un écrivain en herbe, sur laquelle s’abattent de divers objets – que Jean-Pierre Richard a appelés dans Proust et le monde sensible (Editions du Seuil, 1974) « des  objets hermétiques », au sens où ils invitent leur observateur à chercher leur essence derrière leur apparence. Enchantant le lecteur par la musique des phrases, ce roman peut être vu comme un énorme poème en prose, plein de références livresques et de dissertations philosophiques, ne manquant ni de tristesse, ni d’humour… ni d’amour.

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La vie de Proust en images

A gauche: Jeanne Proust (née Weil) issue d'une famille bourgeoise, riche et cultivée. A droite: Adrien Proust, le père de Marcel proust, fils des propriétaires, médecin et professeur à Paris

A gauche: Jeanne Proust (née Weil), la mère de Marcel Proust, issue d’une famille bourgeoise, riche et cultivée.
A droite: Adrien Proust, le père de l’écrivain, fils de propriétaires, médecin et professeur à Paris

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A gauche: Marcel Proust et son frère, Robert. Marcel sera plus proche de sa mère, à qui il ressemble et Robert de son père A droite: Marcel Proust, en canotier, en compagnie d'Antoinette Faure, fille du président de la République

A gauche: Marcel Proust et son frère, Robert. Marcel sera plus proche de sa mère, à qui il ressemble et Robert de son père
A droite: Marcel Proust, en canotier, en compagnie d’Antoinette Faure, fille du président de la République (mai, 1886)

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Marcel Proust (à gauche) au lycée Condorcet, en 1889 (l’année de philosophie). Le jeune Proust lisait, à ce temps-là, Barrès, Renan, Leconte de Lisle, Loti, et surtout Anatole France. Il reçoit le prix d’honneur de français.

Marcel Proust (à gauche) au lycée Condorcet, en 1889 (l’année de philosophie). Le jeune Proust lisait, à ce temps-là, Barrès, Renan, Leconte de Lisle, Loti, et surtout Anatole France. Il reçoit le prix d’honneur de français.

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A gauche: Marcel Proust en compagnie de Mme Straus et d'un groupe d'amis (en 1893). A droite: Proust, peu sportif, transforme une raquette de tennis en guitare, sur laquelle il joue pour Jeanne Pouquet

A gauche: Marcel Proust en compagnie de Mme Straus et d’un groupe d’amis (en 1893).
A droite: Proust, peu sportif, transforme une raquette de tennis en guitare, sur laquelle il joue pour Jeanne Pouquet

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A gauche: Marcel Proust avec Robert de Flers et Lucien Daudet (vers 1894). A droite: La comtesse Greffulhe, en robe de Worth. Elle inspirera le personnage de Mme de Guermantes.

A gauche: Marcel Proust, Robert de Flers et Lucien Daudet (vers 1894).
A droite: La comtesse Greffulhe, en robe de Worth. Elle inspirera le personnage de Mme de Guermantes.

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Odilon Albaret et Alfred Agostinelli (grand amour de Proust) en voiture, 1908

Odilon Albaret et Alfred Agostinelli (grand amour de Proust) en voiture, 1908

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A droite, Marcel Proust en 1910

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Marcel Proust à Venise, assis à la terrasse de l'hôtel de l'Europe

Marcel Proust à Venise, assis à la terrasse de l’hôtel de l’Europe. « Pendant ce mois où je ressassai comme une mélodie, sans pouvoir m’en rassasier, ces images de Florence, de Venise et de Pise, desquelles le désir qu’elles excitaient en moi gardait quelque chose d’aussi profondément individuel que si ç’avait été un amour, un amour pour une personne… » (Du côté de chez Swann)

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Proust, après avoir vu la toile de Vermeer, Vue de Delft. Ca a été une de ses dernières promenades.

Proust, après avoir vu la toile de Vermeer, Vue de Delft. Ca a été une de ses dernières promenades. Dans une lettre pour Vaudoyer, il écrivait à propos de ce tableau: « Depuis que j’ai vu au musée de La Haye la Vue de Delft, j’ai su que j’avais vu le plus beau tableau du monde.« 

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A gauche: Portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche. L'écrivain conservera ce tableau jusqu'à sa mort A droite: Proust vu par Jean Cocteau. "De ces randonnées d'où il rentrait à l'aube en croisant la pelisse, blême, les yeux cernés de bistre, un litre d'eau d'Evian dépassant de sa poche, sa frange noire sur le front..." (Cocteau)

A gauche: Portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche. L’écrivain conservera ce tableau jusqu’à sa mort
A droite: Proust vu par Jean Cocteau. « De ces randonnées d’où il rentrait à l’aube en croisant la pelisse, blême, les yeux cernés de bistre, un litre d’eau d’Evian dépassant de sa poche, sa frange noire sur le front… » (Cocteau)

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La chambre de proust, au Musée Carnavalet de Paris. Le lit, Proust l'a acquis à l'âge de seize ans et y est mort, le 18 novembre 1922

La chambre de proust, au Musée Carnavalet de Paris. Le lit, Proust l’a acquis à l’âge de seize ans et y est mort, le 18 novembre 1922

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Marcel Proust, sur son lit de mort, à 51 ans, photopraphié par Man Ray.

Marcel Proust, sur son lit de mort, à 51 ans, photographié par Man Ray.

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Bibliographie :

  •    « Marcel Proust. La cathédrale du temps », par Jean-Yves Tadié, Gallimard, Édition Découvertes
  •   « Lire », Hors-série N° 16 : Marcel Proust  
  • Le blogue littéraire « Proust, ses personnages. A la recherche du temps perdu » (http://proust-personnages.fr/)

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20 réflexions sur “Moi, Proust et le Temps perdu

  1. Pingback: Schbling | Cunéipage

    • Merci beaucoup ! J’ai découvert la majorité des photos dans la biographie que Jean-Yves Tadié a faite à Proust (« Proust. La cathédrale du temps », Gallimard, Découvertes). Je vous la recommande vivement !

  2. Mazette, quel billet somptueux !
    Je vous rejoins totalement sur une de vos premières phrases  » j’ai trouvé en Proust l’écrivain à la phrase parfaite etc » , mon ressenti est du même acabit
    Gide: c’est quand même lui qui l’a refusé chez Gallimard !
    L’anecdote sur l’autre éditeur m’a fait mourir de rire…

    • Je vous remercie de votre lecture et, bien sûr, de votre commentaire.
      Les anecdotes sur Proust peuvent être très drôles, c’est vrai. Lui-même a beaucoup d’humour, malgré l’air mélancolique ou nostalgique pour lequel sont réputés ses écrits. Moi, personnellement, je rigole souvent en le lisant.

  3. Bonjour,
    Je me suis permis de mettre un lien sur votre splendide billet (d’où quelques visites peut être inattendues). J’en suis à ma quatrième relecture d’A la recherche du temps perdu, et ai beaucoup apprécié ce que vous en dites (j’en serais incapable). Je viens juste de terminer le Dictionnaire amoureux de Proust, une mine pour les amoureux de Proust, justement.
    Il m’arrive bien sûr de beaucoup m’amuser en le lisant, on se fait de fausses idées sur son oeuvre.

    • Ah, je me demandais juste pourquoi il y avait tant de monde ici… 🙂 Merci beaucoup de votre intérêt pour mon texte, je vous en suis reconnaissante.
      En plus, je suis ravie de connaître une vraie… proustienne. Moi, j’ai commencé à lire « A la Recherche du temps perdu » il y a deux ans, c’est-à-dire quand j’avais à peu près 16 ans et je suis loin d’en avoir achevé le lecture. Ce texte, je l’ai écrit après avoir lu « Du côté de chez Swann »; ça a été un coup de foudre pour moi. Et, vous savez, à 16 ans, on parle avec beaucoup de passion de nos premières amours (ne serait-ce que des amours littéraires)…

      • Je n’ai pas encore lu « Le Dictionnaire amoureux de Proust », mais je l’ai vu dans une librairie et il m’a vraiment fait envie. 🙂
        Je me permets de vous recommander un autre livre qui pourrait vous plaire (si vous ne l’avez pas déjà lu). C’est « Monsieur Proust », de Céleste Albaret, un livre agréable et sincère, où l’on voit mieux, je crois, ce personnage fabuleux qui a été Marcel Proust.

  4. Exact! L’humour ressort parfaitement dans cette version audio. A lire et relire Proust, je ne l’avais pas senti aussi nettement; Quel plaisir , ce billet et merci à Mior pour le lien qui m’a conduite jusqu’ici.

  5. Moi aussi j’arrive ici en passant par chez Mior, et moi aussi, j’aime beaucoup votre billet. Je suis tombée dans la « Recherche » à 18 ans. J’avais acheté par hasard le premier volume dans une librairie d’occasion, en bas de ma chambre d’étudiante. J’ai commencé la lecture sans grande conviction, et puis …. je suis descendue acheter le second volume et ainsi de suite, pendant, je crois quatre ou cinq jours d’affilée. Je mangeais en lisant, je n’ai pas mis les pieds à la fac. Lorsque j’ai eu terminé, j’ai recommencé. Cette expérience de lecture, en immersion, avec le sentiment d’avoir trouvé la voix qui me disait tout ce que je sentais sans savoir que je le sentais, je ne l’ai jamais revécue et elle me reste un souvenir précieux. merci de me l’avoir remis en mémoire …
    Et oui, Proust est drôle, il n’y a qu’à relire le vol du bourdon Charlus au début de Sodome et Gomorrhe ….

    • Merci beaucoup de votre commentaire! Cela me fait plaisir de découvrir de vrai(e)s proustien(ne)s. 🙂 Je trouve que ça serait dommage qu’on ne garde pas le contact. Peut-être pourrais-je vous retrouver sur facebook?

  6. Je crois surtout que vous devriez ré activer votre blog , Irène
    Vous voyez bien que un fan-club se constitue !
    Amicalement
    Mior
    Ps : Athalie, merci pour ton récit formidable, moi aussi j’ai découvert Proust à dix-huit ans , c’était assise par terre dans le couloir d’un train bondé, je m’en rappelle encore…

    • Vos interventions m’ont poussée à m’intéresser davantage à ce blog. Je vous en remercie ! Maintenant, me voilà revenue avec de nouveaux textes ! Avant, j’ignorais ce plaisir que peuvent nous procurer les discussions sur des textes qu’on écrit et dont on commence à douter dès qu’on les relit…

  7. mais quelle bonne nouvelle !!! un cadeau de début d’année , une jolie surprise . continuons le dialogue ébauché ici , chère Irène . je serais ravie de vous retrouver sur FB puisque vous en parlez , j’y suis « Mior Blogueuse »
    très amicalement à vous

  8. Pingback: Du côté de chez Swann de Marcel Proust (Chronique rêvassée) – La bibliothèque d'Alphonsine

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